SOLID'Art 2021

"Pour ce qui est du vent dans les voiles, il nous rappelle que le désir de l’homme est excentrique, que c’est au lieu de l’Autre qu’il se forme : juste dans ce cabinet particulier où de la coquille où gîte l’huître s’évoque l’oreille de la jolie femme avec un goût de compliment." Lacan

Oct 22, 2021

ATELIER PREMIER

 

Etude, lignes de pensée. 2021
Papier aquarelle 300gr 32x24 cm

Nous avons.

[ a mezza voce] (Un poème qui maintes fois lu se plie à la marche et devance la journée est une lisière ou l'ouvert dans la lisière. Cette parole peut s'acquitter en silence de la nomination, c'est ça l'avoir lieu du temps. L'espace, rendu intelligible.)

Dans la branche

le phloème se cache jusqu'au pousses.


Dans ce sens, atelier voudrait dire,

par le retard prit,

hauteur qui déclos :

récoltes qui de s'assembler

resteraient (dans le lieu qui se fait)

éparses et liées

(l'objet serait une variété de l'espace)


Le bourgeon

est, à nouveau couleur en absence de source

pourpre et rouge brun (oxydation)

passage au vert et

couchant.

L'orange du sable à rêver...

(Copenhague une année)


A partir de là, l'aube, devient

atelier.

L'intervalle met le dessin à l'abri

(chrysalide).

Une forme, que le temps ne peut que rendre à l'étendue,

restera au beau fixe.


On laisse le dessin au matin

comme à sa nourrice. 


Jun 3, 2021

Prière d'insérer un dessin

 

Deux fois. Ce deux, de deux fois, où deux n'est pas un nombre, parce que le deux n'est pas un nombre. Deux fois. Prière d'insérer. Une fois l'expression, pour en indiquer le lieu : <prière d'insérer un dessin>. Puis une autre fois, où c'est le dessin qui reprend sa place.


Ici. <Prière d'insérer un dessin>. Lisière qui précède ce que je pourrais dire, sous la forme d'une adresse, à toi, à vous. Dire sans céder sur l'espace, avec un là, de présence, comme quiconque dirait, ici, sans dire un mot, laissant à discrétion l'accès. Ici, <prière d'insérer un dessin>.

Car parfois il suffit d'indiquer cette place, les lieux d'un dessin.

Ces pensées qui s'absentent de la voix pour laisser la place vacante. Séjour. Je me souviens d'une soirée d'été mais comme on apprend que cette chose est, mais n'arrive pas, ou le contraire. Comme un corps dans la lumière est aussi ce plaisir. Soudain, on sait qu'on pense, parce que le dire est prié d'attendre.

Ici, <prière d'insérer un dessin>.

Au trait. Rester au trait. Ainsi. Ces nuits où la méditation se fait lente comme une pomme ou un abricot sur la table ; lente comme la lune. C'est une sensation qui passe par le présent mais ne reste pas. Et si elle reste c'est qu'on se souvient de Chardin.

La matière même du monde se trouve suspendue. Le silence est ce qui se produit en premier comme un verre sur la table et un abricot. La matière même du monde se trouve interrompue. C'est une couche étale qui dessine le passage du vent et les rebonds des galets.

La tendresse qui tarde, le sais-tu, c'est elle. Elle est comme le négatif d'une horloge.

La journée. On peut reconnaître grâce aux couleurs, le portrait sans que la forme y soit. Comme le paysage peut tenir lieu d'anagramme. Des relais peuvent se faire ailleurs sans qu'on le sache. Un souvenir peut se former, on s'en souvient par les couleurs et non par la scène. Ça peut débuter avec un motif imposé, puis la suite venir de l'imagination seule, qui traversant à chaque fois ce motif, devient le penser, de ce même motif. L'abricot sur la table, est une manifestation de la distance. On pourrait parler de peinture, mais c'est ce parler-là qui s'absente, reste le silence de l'abricot.

Pensées de loin <lonh>






Nov 9, 2020

Dessin in situ

 

©Hernan L. Toro  

: et peu importe où je commence. Je ne commence pas. Comme je ne sais pas où commence le dessin où s'arrête-t-il, s'il s’arrête. Un dessin Rubens, je dirai, il me pense à toi, couleur du matin, rideau et fenêtre, lumières par ricochet. Un dessin, Watteau, je dirai, il me pense à toi. Des teintes pastel, il me souvient de la pêche, de l'abricot ; des couleurs enjouées, suaves, mues par contrastes. Rougeurs. Il me pense à toi sans que je pense. Je suis celui qui passe dans la couleur, comme la mémoire dans la peau. Ça fait changer d'espace, au passage, je réalise toute l'étendue de ce que je n'ai pas dessiné ni peint.

Deux manières d'entendre la pensée. Disjonctive : ou je dessine ou je pense. Immanente : le dessin est un des modes du penser. 

On n'entendra pas la même chose selon le cas. L'espace du dessin est problématique. Dissymétrie : je peux penser sans dessiner, je ne peux pas dessiner, sans penser. 

Ce n'est pas que je pense, c'est bleu et bois ocre, rideau et chambre, lumières du matin, saison, jusqu'à ce que par une superposition des lumières réfléchies, il se fasse dans le vide un coloris qui se déduit de la lumière du mur, du rebord de la fenêtre, et de l'averse du rayon sur un bout de rideau ; la mémoire est une coulée d'ombre diaphane qui vient avec le lavis. Ligne serpentine, hachurés tendu, traits et lavis, sinon sanguines, dessin aux trois croyons. Penser qui vient de— jour à nouveau, éprouver. Terre humide de sous-bois. Vert vent. Branches vertes. Mousses et ruisseau. Il me souvient, comme je pense ; non pas que je dise : je dessine. Cette vacance de la voix me rappelle toute l'étendue de ce que je n'ai pas dessiné. Espace amont, des heures ensemble. Je te devine. Le jour est à la place du dessein : ocre blanc, bleu ciel, bleu gris, bois vernis. Puis par un expédient de l'imagination seule, en amont, là, espace d'espace, au-dessus, le diaphane : brique rouge, lignes cimentées, les couleurs d'un tableau hollandais, cours intérieur, rue, cette imagination, avant que tu n'arrives. L’œuvre se donne dans un espace improbable, ce qui pourrait ne pas arriver est aussi œuvre. Par la porosité et les interstices, ce qui est, n'a pas encore eu lieu. Le dessin garde ce qui n'a pas lieu dan ce qui arrive. Avant ton arrivée, après ton arrivée, j'entends un dessein se former, comme l'orange se grave en absence de sources. Nous ne nous sommes pas dits grandes choses. Nous étions dans une phrase, nous habitions une phrase, nous étions là. Ocre rouge, brun van Dyck, vert rouillé. Alors tu liras ce poème :




Dessein avant dessins

dans la réserve, il y a la saison

celle qui sied

celle qui ne vient pas avec nous

celle qui reste chez Rembrandt.

Chaque fois, nous sommes délogés.

La saison change de place.

Nous quitte, revient.


Voici les Maîtres d'Utrecht.

Il s'agissait seulement de rappeler

« l'ocre de nuit »






Oct 26, 2020

"Possibilité sans récolte"





Avec les années, on apprend à ne pas être "complètement", on apprend à entendre ce qui ne nous vient pas ou ce qui n'a pas encore lieu, mais pourrait se produire. Avec l'âge, on apprend de la "possibilité sans récolte" qui est plus que ce que nous appelons le "monde" et moins  qu'exister.

 "Le dessin abrite ce qui n'a pas lieu dans ce qui arrive."


La possibilité est là, intensément d'une part, inexistante d'autre part. La peinture est ce savoir. Apprendre des lumières basses, étendre leurs propriétés là où l'intuition manque, anticiper les couleurs qui ne peuvent pas être perçues, les couleurs que nous savons être ou devraient être. Il y a des tons que j'entends, mais que je n'ai jamais vus, si ce n'est que Rubens les peint, les divulgue, les claironne et les expose. Parfois, la lenteur est la loupe qui nous manque, d'autres fois, c'est la peinture. Parfois, il suffit d'un poème ou d'une phrase.

Chardin, par exemple, peint ce moment où la lumière est sur le point de se retirer, c'est une clarté feutrée qui donne à la nature morte cette intimité propre aux êtres. Ce qui me fera penser, (mes visites au Louvre), qu'il ne peignait pas de natures mortes, il faisait des portraits.

Rembrandt. Je te regardais, je t'observais. Clair-obscur diapré. Sans te le dire, je t'épiais. Puis je regardais le tableau. Rembrandt : sa mère qui, comme toi, lit la Bible, un psaume sûrement.



Oct 23, 2020

SOLID'Art 2020






Par temps incertain, l'art que peut-il ? 



    Rien venant de l'art peut donner réponse à cette question. Car dans ce cas, l'art serait un moyen. Il se perdrait l'essentiel de sa garde, de sa réserve.

Abriter ce qui n'a pas lieu sans ce qui arrive.

Exister n'est pas un fait. La vie nue doit rester problématique.

Garde-toi à répondre. En vérité nul ne le peut. Car rien ne commence avec l'art. L'art n'est pas nécessaire. Une œuvre se montre, qu'elle nous fait entendre qu'elle aurait pu ne pas être ou se produire tout à fait autrement. L'art, est ce qui peut ne pas avoir lieu. De la même façon que les amants savent qu'ils auraient pu ne pas se rencontrer. Que l'un ou l'autre se demande qui je suis, et l'ordre du Monde n'est plus. Car, qui suis-je, de quoi, est-il fait ce que j'appelle, mon être, si ce que je suis ne dérive plus, depuis que je t'ai rencontré, de celui que j'étais ? Où étais-je avant de te rencontrer, si de t'aimer, je ne suis plus le même ?

Où trouvera-t-on appuis auprès de ce qui peut ne pas être ou être autrement que prévue ?

C'est l'ouvert. L'ouvert sans le non.

L'action, c'est quand on s'occupe de ce qui arrive, modalité finie de l'existence, buts et besoins sociaux. L'acte, c'est quand on reconduit en même temps ce qui n'a pas lieu dans ce qui arrive, avec rien d'autre que la forme souveraine du lieu, sans l'exigence de fait, ni des fins. Le donner lieu de l'avoir lieu. Donner lieu à rien, res.

L'art n'est rien, dans ce sens qu'il est sans commencement. Où trouvera-t-on appuis auprès de ce qui peut ne pas être ou être autrement que prévue ? Aussi, l'art n'est pas nécessaire, ce qui nous reste à défendre ce n'est pas l'art, sinon, ce lieu quelconque, incertain et problématique, ou l'art peut se donner, ou ne pas se produire ou se produire autrement qu'il ne se donne. L'art ne vient pas de l'art. Mais d'exister, l'irrésolu par excellence.












 

Oct 6, 2020

Trobar: c'est quand je vois verdoyer...

 

                                 Jardin de Luxembourg, mars 2020

Trobar

: vert un peu rouillé, sinon derrière les branches, brindilles, vert sapin, entrelacs des feuilles jaunies, ombrées, pulsées par les superpositions des verts, et des bruns ; une forme coupe sur l'autre, alors que le sol donne la perceptive, plan et profondeur d'emblée ; l'intervalle éclot parce que je suis là, comme forme d'une forme, tableau et profondeurs de champ. Transition. Je me sens plus au sud. Comme vivre. Et c'est un temps qui n'est pas dans le temps, je ne sais plus si je pense, désire ou si je me souviens. Vert, verdoyer, c'est quand je vois verdoyer... Ça s’interrompt pare ce que je prends conscience que je trouve ça beau : vert nappé, vert étale du sol, des chaises dans la rangée, cette allée qui se perd dans les feuillages. De tout cela, se dégage une attente, une compréhension suspendue ou différée, je me sais vulnérable, j'attends que ça passe, parce que ça va passer. Le bus descend lentement. Une fois sur deux le bus qui va à Bygdoy fait ce détour ; il descend en longeant la petite baie, pour s'arrêter au Musée Kon-Tiki. Je ne sais plus où j'en suis, la lumière m'apaise ; ce paisible trajet y est pour beaucoup. La neige à fondu, les pluies ont cessé. Je ne pense à rien, vert et terre, bleu et lumières. Vie nue. Un fait n'est pas un fait tant qu'il ne vient pas avec ce qu'il n'a pas été ; de même que nous sommes fait aussi de ce qui n'a pas eut lieu, ou n'a pas été ; dans un sens, parce que nous ne sommes pas, dans un autre parce que nous pouvons nous donner une forme. Ce vert n'est déjà plus qu'il fait retour, et courbe l'espace ; vert vent, branches vertes, le bateau sur la mer et le cheval dans la montagne. C'est ce que j'entends d'une voix andalouse. Cadix et Bygdoy, ils se partagent le même pli. Le bus s'arrête çà et là, c'est une heure calme, en été à cette heure-ci le bus serait plein. Je ne sais pas penser, je ne pourrai pas penser, d'ailleurs, je ne saurai dire ce que j'entends ni ce que je pense. C'est là, lors de ces trajets que j'ai appris que ma pensée est espace ; paysage, heure dissoute, trajets. Je me laissais conduire par la préséance des choses vue. Comme enfant, peut-être un peu perdu, je regarde les choses du commun. Rien, c'est sans doute ce rien, un pli parmi les choses, un sens du penser sans pensée et vert rouillé, vert foncé, vert vent, branches vertes, le bateau sur la mer et le cheval dans la montagne. J'ai vu comme peu à peu ces trajets à Bygdøy se peuplaient d'empâtement, des touches peintes, je savais qu'il y avait du Rubens, les heures du Louvre, la salle de Médicis, dans ce paysage. Paysage de paysage, paysage hors paysage, en réalité couleurs passant d'un milieu à un autre. La douleur de penser se fait rattraper par la porosité du coloris, vert vent, vers branches, vert flamand, vénitien, hollandais. Je quittais peu à peu la faction du muet. La destruction n'y était plus, un regain d'espace me donnait un là de présence, là ici, res. Sinon que par touches :  vert vent, branches vertes, le bateau sur la mer et le cheval dans la montagne.

Sep 30, 2020

Looking for Rubens 02

 

"Nos paroles sont lentes à nous parvenir, comme si elles contenaient, séparées, une sève suffisante pour res­ter closes tout un hiver; ou mieux, comme si, à chaque extrémité de la silencieuse distance, se mettant en joue, il leur était interdit de s’élancer et de se joindre. Notre voix court de l’un à l’autre; mais chaque avenue, chaque treille, chaque fourré, la tire à lui, la retient, l’interroge. Tout est prétexte à la ralentir." René Char: Lettera amorosa
















Looking for Rubens 01

 


"Ces certitudes distraites, elles sont nos fondations. Nous ne pouvons les nommer, les produire et encore moins les céder. Sont-elles antérieures à nous? Datent-elles d'avant la parole et d'avant la peur? Et vont-elles cesser avec nous ? A la fourche de notre branche, une toute récente sève les attend pour les saisir et pour les confirmer." 

René Char: Cotes